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 [Traduction] Notre grand-mère nous l'a enseigné - Ann Finnin

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Iridesce
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Date d'inscription : 14/04/2010

MessageSujet: [Traduction] Notre grand-mère nous l'a enseigné - Ann Finnin   Dim 7 Aoû - 10:06

in The Forge of Tubal Cain
© Ann Finnin
Traduit/adapté de l'anglais par Athénais


Toutes les traditions modernes de l'Art, en dépit des mythologies souvent élaborées qui les nimbent, viennent de quelque part. Quelqu'un a fait des recherches en matière de mythologie ou de folklore, quelqu'un a écrit les rituels, quelqu'un a organisé et dirigé l'entrainement des novices. De plus, les traditions sont rarement linéaires. La plupart des meneurs, dans l'Art, ont été influencés, ont reçu des initiations, des ordinations ou des certificats, par des enseignants divers. Après cela, c'est avec beaucoup de recherches, de tâtonnements et d'erreurs, assortis d'une pincée d'intuition et d'une bonne dose de sens commun, qu'ils ont assemblé les morceaux pour former un tout cohérent et exploitable, susceptible d'être transmis à la génération suivante.

Roebuck n'y fait pas exception.

En février 1974, nous avons commencé à étudier chaque semaine avec un homme qui devait rester dans les mémoires comme un héros populaire de l'Art. Nous avons d'abord rencontré Ed Fitch, ancien officier de l'Air Force et Pretre gardnérien du troisième degré, via le chapitre local de la SCA (Society for Creative Anachronism, Société pour l'Anachronisme Créatif). Ed tenait une classe hebdomadaire chez lui, que fréquentaient d'autres membres de la SCA. Nous leur avons emboité le pas en rejoignant ce groupe.
[Traduction] (The Forge of Tubal Cain) 1. Notre grand-mère nous l'a enseigné - Ann Finnin[Traduction] (The Forge of Tubal Cain) 1. Notre grand-mère nous l'a enseigné - Ann Finnin
Il n'est pas anodin de noter que la SCA elle-même exerçait une forte influence sur nous à cette époque. Moitié groupe de reconstitution historique, moitié jeu de roles fantastique, la SCA a fourni une importante toile de fond sociale et culturelle à l'Art qui encore à l'état d'oisillon, à la fin des années 60 et au début des années 70. Ses membres étaient pour la plupart des jeunes gens bien éduqués et lettrés, qui avaient en commun un intérêt pour les mythes, le folklore, l'histoire ancienne et médiévale - une sorte de mouvement contre-culturel animé par des idéaux romantiques, assez proche du mouvement Romantique du siècle précédent.

Ces personnes trouvaient dans la SCA, ses tournois, ses banquets, ses guerres et ses festivités, une soupape sociale et un style de vie alternatif qui durait souvent pour eux des années. Des membres finissaient souvent par se marier, et on considérait les autres habitués comme une sorte de famille adoptive de gens sur la même longueur d'onde, où l'on pouvait discuter à loisir de J.R.R. Tolkien, de Star Trek, des anciens mythes égyptiens ou de la légende arthurienne sans passer pour un excentrique, comme cela aurait été le cas avec les gens qui les entouraient dans leur vie quotidienne. Beaucoup de membres de la SCA s'engagèrent dans des recherches poussées sur l'art, la musique, la littérature, les costumes, les usages, etc., afin de rendre les rencontres qu'ils organisaient tout à fait "archéo-compatibles". (ndt: une expression en vigueur dans le milieu de la reconstitution historique francophone, signifiant qu'on présente des costumes, outils, pratiques et situations d'époques révolues de la manière à coïncider le plus possible avec les découvertes archéologiques les plus récentes, et avec les recherches des historiens). Il n'est donc pas surprenant que dans un tel contexte, ces gens religieusement et spirituellement proches expérimentent des reconstructions d'anciennes fois et d'anciens rituels du paganisme.

Par conséquent, un certain nombre de fois païennes reconstituées, particulièrement celtiques et nordiques, prospérèrent sous l'égide de la "reconstitution historique", et trouvèrent parmi les rangs des membres de la SCA de nouvelles recrues, qui se mettaient à se rencontrer en dehors des réunions de l'association pour pratiquer des rituels et recevoir des enseignements. C'est dans cet environnement que la Sorcellerie gardnérienne se posa sur un sol fertile, tout particulièrement en Californie.

La SCA et d'autres organisations similaires ôtèrent l'Art du royaume de l'occulte ou du New Age pour l'allier étroitement à la science-fiction et au fantastique. Des écrivains comme Marion Zimmer Bradley, Andre Norton et d'autres, suivant les pas de Tolkien, écrivirent des histoires franchement païennes mettant en scène des personnages utilisant la magie et interagissant avec des Dieux Païens, à la fois leurs mentors et leurs adversaires. Ces livres furent estampillés comme relevant du domaine de la "fantasy" et, en tant que tels, furent considérés comme bien plus acceptables socialement que des ouvrages "occultes" - et cela même si certains auteurs employèrent comme source d'inspiration de vieux grimoires consultés au British Museum. L'introduction de thèmes magiques reliés aux Celtes, aux Nordiques, aux Grecs ou aux Egyptiens aida immensément à les populariser et à inciter les lecteurs à les explorer plus avant.

Il y a bien sur eu des critiques, dont certaines étaient justifiées, accusant la SCA de vouloir blanchir l'Art, le rendre romantique, en ignorant ses aspects plus sombres, ce qui lui donnait un aspect superficiel, totalement incompatible avec les problèmes qu'une personne normale pouvait rencontrer dans sa vie quotidienne. La religion païenne y était parfois traitée comme un genre de jeu de rôles Donjons et Dragons, dans lequel les gens créaient des costumes élaborés, employaient tout un ensemble d'outils magnifiques comme des épées ou des calices, et s'engageaient dans des rituels complexes, durant lesquels ils invoquaient et communiaient avec des Dieux fantastiques, des créatures mythiques et des esprits.

Pour beaucoup de gens il était difficile, voire impossible, de faire passer ce type de religion dans leur vie de tous les jours, le monde du travail, des finances, des responsabilités familiales ou des problèmes civiques ou communautaires. Certains dévots réglaient ce problème en abandonnant complètement leur vie profane. Ils occupaient des emplois abrutissants, qui leur fournissaient le strict nécessaire pour répondre à leurs besoins essentiels, et hormis cela, ignoraient tout ce qui pouvait avoir le moindre rapport avec la vie de tous les jours. Chaque instant de loisir, ils le consacraient à des réunions, des cercles, essayant désespérément de prétendre que la vie quotidienne n'existait pas, jusqu'à ce qu'une crise professionnelle ou familiale rende la chose impossible.

D'autres développèrent un genre de double personnalité. Un moitié d'eux portait leur nom légal, travaillait et fonctionnait dans le monde au mieux de ses possibilités, et leur autre moitié, sous un autre nom, fonctionnait au sein de la communauté de l'Art d'une façon ou d'une autre. Cette stratégie prélevait évidemment son du. Il fallait beaucoup d'énergie pour séparer ses deux identités afin que les amis et les associés de l'une ne découvrent pas la vérité concernant l'autre, particulièrement si l'identité quotidienne occupait un emploi qui la ferait paraitre ridicule dans les cercles de l'Art. Le résultat de cette intense ponction des ressources psychologiques et psychiques était souvent l'abus de médicaments ou d'alcool.

Toutefois, en dépit des inconvénients, cette alliance de l'Art à la science-fiction et à la fantasy eut le mérite de le placer dans son propre contexte historique et culturel - non pas en tant que rebelle opposé au christianisme, mais en tant qu'ancêtre du christianisme. Au moins, cette représentation de l'Art aidait à attirer vers lui des personnes aux motivations positives (en savoir plus sur la Déesse et les Anciens Dieux) plutôt que négatives (s'enrichir ou détenir un pouvoir sur autrui grâce à la magie).

Ce fut donc au sein du coven officieux d'Ed Fitch, avec ses jeux de capes romantiques, ses épées et sa galanterie de cour, que nous avons appris les bases des rituels de l'Art. Au départ, cela consistait surtout à suivre un document écrit. Bien que Roebuck ait plus tard abandonné presque tout rituel écrit, le travail à partir de documents, agissant comme une roue d'engrenage, était inestimable en e temps-là. Nous avons appris grâce à ces textes ce qui constitue un rituel, comment en construire un, quelles en sont les différentes parties et comment les assembler en un tout.

Un rituel écrit précise la manière dont les gestes et les postures peuvent être utilisés pour que le rituel reste fluide et ne s'enlise pas, ou ne s'arrête pas de manière impromptue. De plus, cela encourage les participants à se concentrer sur ce qui est fait ainsi que sur l'effet de chaque geste ou discours sur celui qui les accomplit et sur les autres participants. Enfin, cela permet aux participants, surtout ceux qui sont inexpérimentés, de se rappeler de la suite du rituel et de ne pas oublier quelque chose d'important.

Les rituels écrits d'Ed étaient beaux et pleins de poésie. Il les considérait malgré tout comme des indications plutôt que comme de Saintes Ecritures, et il permettait aux mots de servir d'inspiration pour nos propres pensées. Il n'insistait jamais pour que nous les récitions à la lettre. Plus notre confiance grandissait, plus notre capacité à parler en suivant notre inspiration tout en accomplissant des actes rituels se développait. Tout particulièrement pour les invocations des Quarts, qui furent d'abord lues, puis mémorisées, puis sujettes à improvisation. Puis, graduellement, nous avons acquis la connaissance des différentes étapes rituelles et la capacité d'improviser sur le moment de grands discours, comme en suivant une inspiration poétique. Rapidement après cela, nous n'avons plus rien lu du tout et les rituels entiers furent improvisés, avec simplement quelques lignes écrites pour référence.
Lancer des sorts était également un moyen très utile pour apprendre comment construire des rituels. Décider du but, des symboles à utiliser dans le monde physique pour correspondre à ce que l’on veut faire dans l’astral, et de la manière de « fixer » le sort en guise de clôture, constitue un mini rituel en soi. Avec Ed, nous préférions créer nos propres sorts plutôt que de nous référer à un livre de recettes. Les sorts personnalisés étaient non seulement bien plus efficaces, mais également plus amusants. De plus, nous avons constaté que les mêmes techniques étaient utiles à plus grande échelle, en groupe, pour que chacun se concentre sur un symbole physique comme une corde à nouer, un objet à brûler dans un feu, une ritournelle à réciter, des chants brefs...
Sur le plan plus ésotérique, c’est grâce à Ed que nous avons appris à la base à explorer nos vies passées, la nature du lien qui nous unissait tous les deux (ndt : je suppose qu’Ann Finnin parle ici de son lien avec Dave Finnin, son mari) , et les lieux nous avions existé en tant qu’individus. L’acceptation de l’idée de réincarnation constitue une part très importante de l’entraînement dans l’Art. Cela donne à l’étudiant un sentiment de continuité dans son développement magique, l’impression d’avoir déjà fait cela avant et de reprendre là où il s’en était arrêté par le passé. C’est également vital pour enseigner la responsabilité éthique et tout ce qui concerne la loi du triple retour. Si ce que vous envoyez ne vous revient pas trois fois dans cette vie, ce sera pour la prochaine, ou celle d’après. Le grappin nous est toujours mis dessus, si je puis dire, même si on laisse son corps physique derrière soi.
Nous avons appris d’Ed bien d’autres choses qui concernaient moins les techniques et l’information, que l’attitude globale à entretenir envers l’Art, des enseignements qui plus tard devaient guider la course du Roebuck. C’est pendant que nous étudiions au sein du groupe d’Ed que nous avons pour la première fois entendu parler de ce que nous appelâmes le Mythe Gardnérien de l’Art - à la base glané dans les livres de Gardner, puis divers écrivains et apologistes ont brodé sur le sujet. Bien que nous l’ayons d’abord entendu de la bouche de Gardnériens , nous avons bientôt découvert que même les non Gardnériens, et surtout les néophytes, adhéraient à cette histoire sans se poser de question et la transmettaient à d’autres gens. L’histoire telle que nous l’avons entendu ressemblait à ceci :

« L’Art tel qu’il est pratiqué par les Gardnériens consiste en une tradition de vénération de la Déesse qui s’est transmise de manière ininterrompue pendant des siècles, passée en secret d’une Grande Prêtresse à une autre depuis le Moyen-Age sous la forme d’un Livre des Ombres. Ce Livre a été remis dans les mains de Gerald Gardner qui a été initié par une Grande Prêtresse nommée Old Dorothy, à New Forest. Ce Livre a été confié par la suite à Ray et Rosemary Buckland, qui furent autorisés à l’emporter aux Etats-Unis. Le Livre des Ombres ne peut être altéré en aucune manière, même pour corriger une faute de grammaire évidente, et ne peut être transmis qu’à des personnes gardnériennes initiées de manière correcte dans un cercle magique. »

Ce mythe avait comme résultat que seules les personnes pouvant retracer leur lignage initiatique jusqu’à Ray et Rosemary Buckland étaient considérées comme de « vraies » sorcières aux yeux de bien des covens gardnériens américains. Quiconque ne remplissait pas cette condition, quelle que soit sa tradition, quel que soit son degré de pratique, était considéré comme inadmissible et traité en étranger. Les membres de certains cercles gardnériens dont on doutait du lignage se voyaient parfois interdire l’accès aux rituels de qui que ce soit d’autre et étaient souvent invités à rester hors du cercle durant les rassemblements publics pour se contenter de regarder.
Il convient de souligner que la promulgation de cette histoire et l’insistance sur l’exclusion des étrangers n’était pas due à l’ensemble des Gardnériens. En fait, beaucoup de Gardnériens des deux côtés de l’Atlantique ont travaillé dur et longtemps pour dissiper ce mythe et découvrir les véritables antécédents de Gardner et d’Old Dorothy. Beaucoup de covens ont depuis mis à jour leur Livre des Ombres, ont fait des corrections, des ajouts, ou des retraits lorsqu’ils découvraient qu’une partie de ce matériel ne marchait pas, n’était pas authentique, pouvait présenter un danger, etc.
Au fil des années, il apparut de plus en plus clair qu’une lignée particulière de Gardnériens, fondée par un coupe de New York, répandait cette histoire particulière et avait tendance à attirer et garder les gens qui avaient un fort besoin psychologique d’appartenir à la Seule et Unique Vraie Tradition de l’Art. Cela nous a causé des problèmes lorsque nous avons souhaité être initiés. A cette époque il n’y avait qu’un seul coven Gardnérien, appartenant à cette lignée, dans la région de Los Angeles. Il nous fallait soit rejoindre ce coven-là, soit aucun.

Ed, bien qu’il soit troisième degré gardnérien bona fide (« de bonne foi ») de cette Lignée de New York, n’avait pas de Grande Prêtresse du troisième degré à cette époque. Il n’était donc pas autorisé à mener un coven gardnérien légitime, ni accomplir de vrais rituels gardnériens. Tout ce qu’il pouvait faire, selon les règles gardnériennes , c’était tenir une « cour extérieure » (outer court). Il ne pouvait pas nous initier ni initier qui que ce soit, dans la tradition gardnérienne de manière valide.

Une alternative s’est toutefois présentée. Un coven qui pratiquait ce qu’on appellait la Tradition Américaine (Amtrad), aujourd’hui connue sous le nom de Tradition Mohsean, se trouvait dans les environs. Le couple qui dirigeait ce groupe, Bill et Helen Mohs, avait des liens avec un groupe à Cincinatti, dans l’Ohio, qui pratiquait un mélange d’Art gardnérien et alexandrien. Le coven qu’ils avaient était grand, ouvert, bigarré et amical. De plus ils voulaient bien nous accepter sur notre simple bonne foi et consentaient à nous donner l’initiation au Premier Degré sur la simple recommandation d’Ed.

En 1974, à Lammas, nous reçûmes une initiation au Premier Degré lors d'un rituel qui, nous devions le découvrir plus tard, était strictement identique à celui d'un Premier Degré Gardnérien. Cependant à l'époque, la signification de l'initiation que nous avions reçue n'était pas certaine ; nous n'étions toujours pas acceptés comme légitimes par les Gardnériens locaux, ni autorisés à assister aux rituels "réservés aux initiés".

Cela semblait particulièrement injuste dans la mesure où le couple qui dirigeait ce coven avait été également initié par Bill et Helen, quelques mois seulement avant nous. Puis la femme avait voyagé à New York, où elle avait reçu les trois degrés gardnériens en l'espace d'un week end. Retournée à Los Angeles, elle fonda son coven gardnérien, avec pour bagages une expérience et un entrainement pas plus avancés que les nôtres.

Lorsque nous avons exprimé notre opinion sur le sujet, cette Grande Prêtresse fit pression sur Ed pour qu'il arrête de nous enseigner. Nous ne voulions pas lui causer de soucis, alors nous avons accepté de cesser d'assister à ses cercles. Ed qui à cette époque avait de jeunes enfants à charge, nous orienta vers un couple parmi ses autres étudiants, pour qu'ils continuent notre formation. Bill Mohs nous donna le Second Degré de la Tradition Américaine. Après cela, nous nous sommes mis en route avec entrain, par nos propres moyens, pour voir ce que l'avenir nous réservait.

Nous ne sommes pas restés longtemps à l'écart. D'autres enseignants apparurent pour nous guider un peu plus loin sur le chemin de l'Art Traditionnel. Fred et Martha Adler avaient été membres du coven Alexandrien/Gardnérien de Cincinatti et avaient initié Bill et Helen Mohs. Ayant cessé de diriger leur coven, les Adlers nous prirent sous leur aile et nous enseignèrent un peu plus, mais nous conseillèrent également d'oublier complètement l'idée de rejoindre le coven de quelqu'un d'autre, pour créer le notre. Ils furent le parrain et la marraine de notre premier coven, en 1975 - nommé de la manière suivante, aussi peu inspirée que précise : "Le coven d'entrainement de Pasadena". Finalement, les Adlers nous ont donné le Troisième Degré de la Tradition Américaine.

Nous sommes rapidement devenus actifs au sein de la communauté locale de l'Art. Nous avons aidé à coordonner des rituels publics avec un groupe nommé Quintella, et signé la charte originale de Covenant of the Goddess en 1975 en tant que Coven d'entrainement de Pasadena. Tous ces travaux communautaires nous ont permis de découvrir qu'il existait plusieurs covens dans notre région, qui fonctionnaient totalement bien et avec bonheur en dehors de la hiérarchie gardnérienne. Nous avons assisté à plusieurs de leurs rituels, souvent deux ou trois fois par semaine. D'eux, nous avons appris quoi faire lorsque nous aurions à organiser notre propre cercle, et à plusieurs occasions, nous avons également appris des leçons non négligeables sur ce qu'il ne fallait pas faire.

Même si le système gardnérien nous fermait encore la porte de la plupart de ses travaux internes, nous avons aussi appris d'eux nombre d'enseignements précieux. Avec tout leur dogme et leur rigidité, les Gardnériens avaient une structure et une discipline dans le cercle qui assuraient que la tradition qu'ils pratiquaient resterait plus ou moins cohérente d'un coven à l'autre. Une fois qu'un Gardnérien avait reçu son Premier Degré, il pouvait voyager d'un coven à l'autre et ne pas se sentir dépaysé par le déroulement des rituels. La façon de tracer le cercle, les méthodes pour élever le pouvoir, les noms des Dieux et des Déesses, tout semblerait familier, permettant à l'initié de participer à la magie aussi pleinement que la personne habituée à fréquenter ce coven depuis des années.

La hiérarchie gardnérienne souvent basée sur la politique, si souvent décriée, avait une utilité. Elle assurait qu'un semblant de suivi et de responsabilité se maintienne dans et entre chaque coven. Dans un cercle gardnérien, une personne - habituellement la Grande Prêtresse - était responsable. Chaque membre du coven savait qui l'avait initiée, d'où venaient la formation dispensée par elle et les informations qu'elle donnait. Chacun savait pouvoir, en théorie, faire appel à son initiateur en cas de dispute ou de problème.

Dans d'autres traditions plus éclectiques, chaque coven faisait à sa guise, ne répondant à personne d'autre que lui-même, et ne laissant aucun recours à ses membres en cas de dispute. Le manque d'information et l'absence de responsabilité encourageaient la créativité et l'innovation d'un coté, et menaient à des abus de l'autre, particulièrement dans le domaine de la formation et des certificats. Si l'on se disait Gardnérien, on était à meme de le prouver en montrant des papiers concernant son lignage. Ces lettres de créance ne disaient rien de la personnalité ou des connaissances d'un individu, mais elles disaient au moins qu'il avait reçu, même de manière rudimentaire, une formation dans la tradition gardnérienne, et que quelqu'un l'avait reconnu Gardnérien.

Dans les traditions éclectiques, n'importe qui pouvait se réclamer de n'importe quoi sans aucune preuve pour étayer ses dires. Et si des étudiants étaient prêts à y croire, on pouvait leur enseigner toutes sortes de choses étranges au nom de l'Art. Ces comportements ont abouti à toute une série de gourous sorciers autoproclamés qui avaient lu quelques livres sur le sujet et s'étaient présentés d'emblée comme enseignants, en disant à leurs étudiants qu'ils tenaient leurs connaissances de leurs grand-mères. Cette pratique était si répandue que "Ma grand-mère me l'a enseigné" devint un cliché. Les seuls qui ne trouvaient pas cela amusant étaient les infortunés étudiants qui avaient mordu à l'hameçon et découvraient plus tard qu'ils s'étaient faits avoir.

Le matériel d'Ed Fitch en particulier, a été utilisé de cette façon. Il avait écrit son Outer Court Grimoire and Book of Shadows pour qu'il parvienne à quiconque le demandait, via le magazine Crystal Well. Comme il mit toutefois des années avant d'etre publié, les gens qui n'étaient pas familiers de Crystal Well n'y avaient pas accès. Un enseignant peut scrupuleux pouvait (et dans au moins deux cas cela se produisit) mettre le grappin dessus et, sachant que ses étudiants ne le trouveraient pas en librairie, raconter ce qu'il voulait concernant sa provenance.

Effectivement, au fil des années, nous avons accueilli un certain nombre de personnes venues de toutes sortes de groupes, qui reconnaissaient le matériel de l'Outer Court d'Ed Fitch comme le Livre des Ombres "secret" que leur enseignant présentait comme hérité de sa grand-mère.

Nous avons décidé que, puisqu'Ed Fitch était la grand-mère de tout le monde, il serait la notre aussi.
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