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 [Article] Le culte des arbres - Pierre-Emile Rocray

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Iridesce
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Date d'inscription : 14/04/2010

MessageSujet: [Article] Le culte des arbres - Pierre-Emile Rocray   Mer 14 Avr - 19:40

Le culte des arbres

Texte de Pierre-Émile Rocray, ingénieur forestier et responsable de la Maison
de l'arbre du Jardin botanique de Montréal

L'Arbre cosmique est fréquemment représenté sous la forme d'une essence particulièrement majestueuse telle le Chêne celtique, le Tilleul germanique, le Frêne scandinave, l'Olivier de l'orient, le Mélèze et le Bouleau de l'hémisphère nord... Ce sont souvent des arbres réputés pour leur longévité, leur dimension ou leur blancheur lumineuse.
Le culte des arbres nous amène à nous interroger sur les raisons qui conduisent les peuples vers l'adoption d'une espèce particulière pour en faire un arbre emblème, comme c'est le cas avec l'Érable à sucre du Canada, le Bouleau jaune du Québec... L'Arbre ne représente-t-il pas alors plusieurs symboles aux yeux d'une collectivité? L'emblème exige toutefois un effort d'intelligence pour être bien compris ou saisi du premier regard, car il peut associer plusieurs idées différentes.

Le Chêne
Arbre sacré dans de nombreuses traditions, le Chêne est investi de privilèges accordés à la divinité suprême parce qu'il attire la foudre et symbolise la majesté. En tout temps et en tout lieu, le Chêne est synonyme de force et de solidité. C'est du moins l'impression qu'il laisse quand il atteint sa maturité. Ne soyons donc pas étonnés d'apprendre que les termes "chêne" et "force" se traduisent en latin par le même mot: robur, symbolisant autant la force morale que physique.
C'est auprès d'un Chêne qu'Abraham reçut les révélations de Yahvé. Son rôle axial en faisait un instrument de communication entre le Ciel et la Terre. D'après Pline l'Ancien, lequel s'appuie sur l'analogie du grec (drûs), le nom des druides est en relation étymologique avec le nom de Chêne, d'où la traduction hommes de Chêne.
Adoré par les Celtes, le Chêne représentait pour eux l'emblème de l'hospitalité et l'équivalent d'un temple. Ils croyaient ces arbres habités par des nymphes, d'où la création de mesures sévères pour condamner ceux qui les abattaient sans nécessité. Un abattage autorisé conduisait vers des rituels religieux pour permettre aux nymphes de se retirer de l'arbre avant sa chute, afin d'éviter leur vengeance.

L'Acacia
On dit que l'arche d'alliance était en bois d'Acacia plaqué d'or, et que la couronne d'épines du Christ provenait de ce même arbre. Dans la pensée judéo-chrétienne, cet arbuste au bois dur et presque imputrescible, aux épines redoutables et aux fleurs arborant les couleurs du lait et du sang, est un symbole de renaissance et d'immortalité.

Le Peuplier
Cet arbre propre à l'hémisphère boréal tire son nom du mot latin Populus et de l'ancien français Poplier, deux termes qui signifient Peuple. La légende dit que c'est l'Arbre du peuple puisque ce serait sous des Peupliers que celui-ci prenait autrefois des décisions importantes.

L'Aubépine
On accordait à cet arbre des pouvoirs permettant de détourner la foudre, de conserver la viande, d'empêcher de faire tourner le lait et d'éloigner les serpents; d'où des plantations fréquentes d'Aubépines à proximité des granges et des étables.

Le Saule
Une croix faite avec deux rameaux de Saule, que l'on jetait dans l'eau d'une source sacrée, permettait de connaître l'imminence ou non de sa mort. Une croix flottante annonçait une mort certaine dans les mois suivants. Celle-ci était cependant éloignée si la croix coulait; plus éloignée encore si elle atteignait rapidement le fond de l'eau. Le phénomène apparaît toutefois contradictoire quant à la mort associée à la flottaison plutôt qu'à la disparition de la croix.

L'Amandier
Signe de la renaissance de la nature, cet arbre à la feuillaison printanière est aussi un symbole de fragilité car ses fleurs, ouvertes dès l'arrivée du printemps, sont sensibles au gel tardif. Chez les Grecs, l'amande pressée était comparée à la semence de Zeus, en tant que puissance créatrice. On affirme même que l'Amandier remonte directement à ce Dieu et que son fruit peut féconder une vierge indépendamment de l'union sexuelle. Selon une croyance qui tient encore en Europe, la jeune fille qui s'endort sous un Amandier en rêvant à son fiancé, peut soudainement se réveiller enceinte.

Le Bouleau
La littérature est peu bavarde sur la symbolique du Bouleau. Pourtant, les chamans de la Sibérie vantaient les vertus thérapeutiques de cet arbre des régions froides et tempérées. Ils n'hésitaient pas à monter dans ses branches pour mieux entrer en contact avec les Dieux de l'autre monde.
On peut également s'interroger sur les raisons inconscientes qui font autant apprécier le
Bouleau comme arbre d'ornement, une essence qui, pourtant, ne possède pas une grande espérance de vie et qui, mis à part sa beauté esthétique, offre plus d'inconvénients que d'avantages en ornementation. S'agit-il de sa blancheur, un symbole de pureté, ou de l'extrême finesse de sa ramure qui rend cet arbre si attirant?

Le Cyprès
Cet arbre sacré chez de nombreux peuples, grâce à sa longévité et à sa verdure persistante, est également nommé "Arbre de vie", à l'instar du Thuya. Chez les Grecs et les Romains, le Cyprès est en rapport avec les divinités de l'enfer. Il est l'arbre des régions souterraines, d'où sa présence remarquée dans plusieurs cimetières du bassin de la Méditerranée.

Le Pommier
Le Pommier se trouve au centre de plusieurs croyances, dont celles de procurer la sagesse, d'améliorer les connaissances et d'acquérir l'immortalité. Son fruit est identifié depuis très longtemps comme un fortifiant et comme un remède préventif contre la maladie. À cet effet, souvenons-nous du vieux proverbe anglo-saxon: "An apple a day keeps the doctor away".

Le Sapin
On dit que le Sapin empêchait la foudre de tomber et conjurait les mauvais sorts. En Allemagne, on flagellait autrefois les femmes durant le mardi gras, avec des branches de cet arbre, dans le but de leur permettre d'avoir des enfants.

L'Olivier
La richesse symbolique de cet arbre est abondante: récompense, purification, force, paix, victoire, fécondité. Consacré à la Déesse grecque Athéna, l'Olivier l'était également au Dieu romain Jupiter. Comme symbole de paix, il faut se rappeler que vers la fin du déluge, une colombe rapporta une branche d'Olivier vers l'arche de Noé. Selon une vieille légende, la croix du Christ était fabriquée de Cèdre et d'Olivier. Dans le langage du Moyen-âge, cet arbre symbolisait l'or et l'amour.

Le Frêne
À l'instar du Chêne, le Frêne est un symbole de solidité puissante. On en faisait des hampes de lances. Dans les traditions scandinaves, cet arbre symbolise l'immortalité et sert de lien entre les trois niveaux du cosmos. Dans les anciens pays baltes, l'homme étourdi et un peu niais est qualifié de frêne car il est considéré comme aveugle. En effet, ne sachant pas quand vient le printemps, il reste longtemps dénudé. Tandis qu'à l'automne, craignant de paraître ridicule à nouveau, il est le premier à se dépouiller rapidement de toutes ses feuilles.
Dans l'Europe nordique, le Frêne est le symbole de la fécondité. Il est perçu comme l'arbre de la féminité car c'est dans sa ramure qu'une femme peut suspendre certaines amulettes qui font battre le cœur de l'homme qu'elle désire.

L'Orme
Cet arbre a toujours détenu des pouvoirs surnaturels. Dans la France du Moyen-âge, il était appelé "l'arbre de la justice" parce que c'était sous sa canopée que les seigneurs et les juges rendaient leurs jugements. On savait l'Orme capable de guérir diverses maladies cutanées, dont la lèpre. Les guérisseurs enlevaient des morceaux d'écorce d'Orme pour concocter des remèdes contre le rhumatisme. On attribue à trois Ormes plusieurs fois centenaires et situés dans le département de la Somme, le pouvoir d'avoir détourné la peste d'un village de cette région de la France, alors que des villages voisins étaient sévèrement touchés par le terrible fléau.

La symbolique de la forêt
La forêt ramène presque toujours, chez la personne qui y pénètre, une notion de différence entre l'ici et l'ailleurs. Elle marque la limite spatiale entre la colonisation du territoire par l'Homme et la nature sauvage. La mythologie romaine souligne à cet effet que les Enfers étaient protégés du monde par la présence de forêts sacrées le long du fleuve Styx, lesquelles furent destinées à la destruction par des soldats romains. Mais leur violation fut empêchée par des moyens surnaturels qui terrifièrent les militaires et s'abattirent sur eux.
Au Moyen-âge, les proscrits, les fous, les brigands, les ermites, les lépreux et les persécutés tenaient refuge dans les forêts de l'Europe du Nord. L'Église, qui cherchait à imposer la Croix, se montrait tout à fait hostile à cette barrière naturelle et inculte qui servait à abriter les païens.
D'ailleurs, divers conciles tenus à partir de l'an 452 de notre ère, statuaient contre l'adoration des arbres et considéraient comme sacrilèges les rituels qu'on pratiquait dans ces lieux sauvages consacrés aux démons.
Pour se faire une idée plus exacte sur l'ampleur des sites de vénération des arbres,
mentionnons qu'un relevé d'arbres vénérés effectué en 1854, dans le département de l'Oise (France), indique que plus de 250 arbres servaient d'objet de consécration à cette époque-là.
Les forêts sacrées de la préhistoire européenne sont probablement les précurseurs des forêts- cathédrales de la chrétienté. En s'élevant à la verticale vers le ciel et en s'arrondissant de chaque côté de nous telle une voûte, la cathédrale gothique reproduit visiblement, dans son intérieur majestueux, les anciens lieux de culte où les grands arbres se rejoignaient dans leurs cimes. S'agit-il d'une simple coïncidence ou d'un dérivé chrétien d'une correspondance très ancienne entre les forêts et le domaine des dieux?
Ce sont donc probablement les forêts qui ont été les premiers temples de la Divinité, et les hommes s'en sont peut-être inspirés pour créer l'architecture. Les Égyptiens se sont d'ailleurs inspirés du Sycomore, du Figuier, du Bananier et d'autres arbres de l'Afrique pour créer les énormes piliers retrouvés dans leurs temples, tandis que les Grecs ont produit la gracieuse colonne corinthienne, ornée d'un chapiteau garni de feuilles, en s'inspirant du Palmier.
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