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 [Traduction] Le Dieu - Starhawk

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Iridesce
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Date d'inscription : 14/04/2010

MessageSujet: [Traduction] Le Dieu - Starhawk   Dim 18 Avr - 21:06

Spiral Dance - Starhawk
Traduction : CTP

L’image du Dieu Cornu dans la sorcellerie est radicalement différente de toute autre image de la masculinité dans notre culture. Le Dieu est difficile à comprendre, parce qu’il ne rentre dans aucun des stéréotypes habituels, pas plus dans ceux du mâle « macho » que dans ceux qui, à l’inverse, cherchent délibérément à le rendre efféminé. Il est doux, tendre et réconfortant, mais Il est aussi le Chasseur. Il est le Dieu Sacrifié, mais sa mort est toujours au service de la force de la vie. Il est la sexualité sauvage, mais une sexualité interprétée comme un pouvoir sacré permettant une communion profonde. Il est le pouvoir de la sensibilité, et représente ce que les hommes pourraient être s’ils se libéraient des contraintes imposées pas la culture patriarcale.

L’image du Dieu Cornu a été délibérément pervertie par l’Eglise médiévale, qui en a fait son image du Diable chrétien. Les sorcières ne croient pas et ne rendent pas de culte au Diable- elles considèrent que ce concept est spécifique au Christianisme. Le Dieu des sorcières est sexualisé, mais la sexualité est vue comme une chose sacrée, qui n’a rien d’obscène ni
de blasphématoire. Notre Dieu porte des cornes, mais elles sont les quartiers croissants et décroissants de la Déesse Lune, et le symbole de la vitalité animale. Il a certains côtés sombres, mais c’est parce que l’obscurité et la nuit sont des moments de pouvoir, et qu’elles font partie du cycle du temps.

Il y a toujours eu des traditions au sein de l’Art qui ont donné très peu d’importance au Dieu. Dans la sorcellerie, on peut célébrer des Mystères féminins ou des Mystères masculins séparément. Mais dans la plupart des traditions, le Dieu est considéré comme l’autre moitié de la Déesse, et beaucoup de rites et de fêtes sont aussi bien consacrés à Lui qu’à Elle.

Dans la sorcellerie médiévale, le Dieu a sans doute eu plus d’importance que la Déesse pendant un certain temps. La plupart des confessions des sorcières mentionnent le « diable », du moins c’est ainsi que les prêtres chrétiens ont transcrit les mots des sorcières qui décrivaient leur Dieu non chrétien. Peu de confessions mentionnent la Déesse. Quand c’est le cas, on parle généralement de « la Reine d’Elphame. » Il faut garder à l’esprit le fait que les inquisiteurs cherchaient à prouver que la sorcière adorait le Diable, et pas une Déesse. Ils ont gardé la
trace des preuves de satanisme et ont ignoré ou manipulé les autres preuves. On présentait souvent des déclarations déjà préparées aux suspects. Les suspects, que la torture avait amené au bout de leurs forces, signaient des déclarations qui exprimaient ce que les prêtres chrétiens voulaient croire, plutôt que la vérité.

Faire incarner le Dieu et la Déesse par le Prêtre et la Prêtresse était une pratique courante dans la sorcellerie médiévale. On pensait que les Dieux étaient physiquement présents lors des rites. Un témoignage ancien cité par Margaret Murray souligne l’importance de cette coutume chez les paysans illettrés, qui avaient besoin de voir pour croire. Le prêtre se moquait
de ceux « qui offraient leur confiance à un Dieu qui les laissaient misérables sur terre, et que ni lui ni son fils Jésus Christ ne leur étaient jamais apparu, alors que Lui, qui ne les trompait pas, le faisait. » Pour une sorcière, « ce Sabbat terrestre était le vrai Paradis, car elle ressentait plus de joie qu’elle ne pouvait l’exprimer, et elle croyait que la joie du Sabbat était le prélude à une gloire plus grande encore, car son Dieu emplissait tellement son cœur qu’aucun autre désir ne pouvait le pénétrer. »

Dans le mouvement féministe, la sorcellerie dianique ou séparatiste est devenue à la mode, et certaines femmes pourraient avoir des difficultés à comprendre pourquoi une féministe devrait se préoccuper du Dieu Cornu. Mais, en réalité, il y a peu de femmes, voire pas de femmes du tout, dont la vie n’a aucun lien avec les hommes, si ce n’est pas au niveau sexuel et
amoureux, c’est au niveau économique. Le Dieu Cornu représente des qualités viriles puissantes et positives, qui proviennent de sources plus profondes que les stéréotypes, la violence et le handicap émotionnel que vivent les hommes dans notre société. Si l’homme avait été créé à l’image du Dieu Cornu, il serait libre d’être sauvage sans être cruel, en colère sans être violent, sexuel sans se croire obligé de forcer sa partenaire, attaché à la spiritualité sans être asexué, et il serait capable d’éprouver le véritable amour. Les sirènes, qui représentent la Déesse, chanteraient ses louanges.

La Déesse englobe tout, elle est la Source de tout être ; le Dieu est celui qui est mis au monde, son reflet, son autre pôle. Elle est la terre ; Il est le grain. Elle est le ciel au-dessus de toute chose ; Il est le soleil, sa boule de feu. Elle est la Roue ; il est le Voyageur. Il est le sacrifice de la vie à la mort, pour permettre à la vie de poursuivre son cycle. Elle est la Mère et la Destructrice ; Il est tout ce qui est né et est détruit.

Pour les hommes, le Dieu représente le pouvoir intérieur. Il est une puissance qui va au-delà du sexuel. Il est le Moi indivisible, où l’esprit n’est pas séparé du corps, ni l’âme de la
chair. Quand les deux sont unis, ils permettent à l’homme d’arriver à l’apogée de son pouvoir créateur et émotionnel.

Dans notre culture, les hommes sont élevés dans l’idée que la virilité exige l’absence de sentiments. Ils sont conditionnés à fonctionner sur un mode militaire ; à se couper de leurs émotions et à ignorer les messages de leurs corps ; à nier l’inconfort physique, la douleur, la peur, afin de pouvoir se battre et conquérir plus efficacement. Cela reste vrai que l’endroit à conquérir soit le champ de bataille, la chambre à coucher ou le monde des affaires.

C’est devenu un cliché que de dire que les hommes ont été éduqués pour être agressifs et dominateurs tandis que les femmes ont appris à être passives et à se soumettre. Ou que les hommes ont le droit d’être en colère et pas les femmes. Dans les cultures patriarcales, les deux sexes ont appris à vivre au sein d’une hiérarchie, où ceux qui se trouvent en haut de
l’échelle dominent ceux qui sont plus bas. L’un des aspects de cette domination est le privilège d’exprimer sa colère. Le général peut passer un savon au sergent, pas le simple soldat. Le patron a le droit de piquer une crise, mais pas son assistant. La femme du patron a le droit de crier sur sa servante, mais l’inverse n’est pas vrai. Comme les femmes ont souvent été au bas de l’échelle hiérarchique, que ce soit dans le monde des affaires ou dans la famille traditionnelle, elles ont fait les frais de la plupart des colères masculines, et ont été les
victimes ultimes de la violence. On peut considérer la colère comme la réaction à une attaque. Très peu d’hommes sont dans des positions où ils peuvent se permettre d’affronter directement leurs agresseurs.

La colère des hommes change et se pervertit. Il est dangereux pour un homme de reconnaître la vraie source de sa colère, car cela l’obligerait à reconnaître que sa position est humiliante et qu’il ne peut rien faire pour la changer. Donc, il retourne sa colère sur des proies sans danger – les femmes, les enfants et les hommes qui ont encore moins de pouvoir que lui. Sa colère peut également évoluer vers l’autodestruction : maladie, dépression, alcoolisme ou l’une des nombreuses addictions que la société offre déjà.

Littéralement, « patriarcat » signifie « pouvoir des pères », mais ce type de société donne à très peu d’hommes le pouvoir d’endosser le rôle du « père » en dehors de la sphère familiale. La structure hiérarchique est pyramidale : l’homme au sommet de la pyramide contrôle tout ce qui se trouve en dessous. Les hommes entrent en compétition pour l’argent ou le pouvoir sur les autres. La majorité des hommes n’atteignent pas le sommet de la pyramide et sont forcés de rester immatures, de jouer le rôle des fils modèles ou rebelles. Les fils modèles cherchent sans cesse à plaire au père en obéissant, et les fils rebelles essaient de le destituer pour prendre sa place. Ils sont de toute façon éloignés de leurs désirs et sentiments véritables.

Voilà pourquoi nos religions reflètent un ordre cosmique dans lequel Dieu le Père exhorte ses « enfants » à obéir aux règles et à faire ce qu’il leur dit, à moins qu’ils ne changent de camp
pour s’aligner avec le Grand Rebelle. Notre psychologie dépeint une guerre éternelle entre pères et fils, qui se battent pour posséder exclusivement la mère. La mère, comme toutes les femmes soumises au patriarcat, représente le prix ultime de la réussite. Les politiques progressistes, quant à elles, sont réduites à des fils rebelles qui ne renversent leurs pères que pour imposer leurs propres hiérarchies.

Toutefois, le Dieu Cornu est né d’une Mère vierge. Il représente le pouvoir masculin libéré de la rivalité père-fils ou des conflits oedipiens. Il n’a pas de père. Il est son propre père et quand Il grandit et change selon la Roue, Il reste en contact avec la première force nourricière. Son pouvoir vient directement de la Déesse : Il est une partie d’Elle.

Le Dieu incarne le pouvoir du sentiment. Ses cornes animales représentent la vérité de l’émotion sans fards, qui ne cherche pas à plaire à qui que ce soit. Il est sauvage. Mais cette sauvagerie est très différente de la violence imposée. Le Dieu est la force de la vie, le cycle de la vie. Il reste dans l’orbite de la Déesse ; son pouvoir est toujours au service de la vie.

Le Dieu des sorcières est le Dieu de l’amour. Cet amour inclut la sexualité, qui peut aussi bien être sauvage et sans tabous que douce et tendre. Sa sexualité est complètement assumée, dans un contexte dans lequel le désir physique est sacré, non seulement parce qu’il est le moyen de créer la vie, mais aussi parce que c’est grâce à lui que nos vies se réalisent de la façon la plus profonde et la plus extatique. Dans la sorcellerie, le sexe est un sacrement, un signe extérieur d’une grâce intérieure. Cette grâce, c’est la connexion et la reconnaissance profonde d’une autre personne dans sa totalité. Dans son essence, le sexe n’est pas limité à l’acte physique, c’est un échange d’énergie, une nourriture subtile entre deux personnes. En nous connectant à une autre personne, nous nous connectons avec tout.

Dans la sorcellerie, le corps masculin, comme le corps féminin, est considéré comme sacré et inviolable. C’est une violation d’utiliser le corps masculin comme une arme, tout comme c’est une violation du corps féminin que de l’utiliser comme un objet ou un terrain où l’homme peut prouver sa virilité. Feindre le désir lorsqu’il est absent est une violation de la vérité du corps comparable à la répression du désir. On peut ressentir le désir dans sa totalité même quand il ne peut pas être satisfait. Mais ressentir du désir et se languir d’une personne, c’est admettre le besoin, une chose effrayante pour les hommes dans notre culture.

Le patriarcat encourage les hommes à s’attendre à recevoir à beaucoup de soins attentionnés de la part des femmes, tout en leur apprenant à ne pas admettre qu’ils ont besoin d’attention, à ne pas admettre qu’ils ont parfois besoin d’être passifs, d’être faibles, de s’appuyer quelqu’un d’autre. Le Dieu des sorcières incarne le désir d’union avec la force primaire et maternelle. Au lieu de chercher à se faire materner de façon illimitée par des femmes réelles, la sorcellerie encourage les homes à s’identifier au Dieu et à travers lui, à s’unir à la Déesse, dont l’amour maternel ne connaît pas de limites. La Déesse est à la fois une force extérieure et intérieure. Quand un homme accueille son image dans son cœur et dans son esprit, Elle devient une partie de lui. L’homme peut alors se connecter à ses propres qualités maternelles, à la Muse intérieure qui est une source d’inspiration sans fin.

Le Dieu est Eros, mais il est aussi Logos, le pouvoir de l’esprit. La sorcellerie n’établit pas d’opposition entre les deux. Le désir physique d’union et le désir émotionnel de connexion devient un désir intellectuel de connaissance, laquelle est aussi une forme d’union. La connaissance peut être à la fois analytique et synthétique ; elle peut démonter les choses pour observer les différences ou tirer un modèle de parties éparses et voir l’ensemble.

Pour les femmes qui ont grandi dans notre culture, le Dieu est le symbole de toutes ces qualités que l’on a considéré comme étant masculines et que l’on ne nous a pas encouragées à avoir. Le symbole du Dieu, comme celui de la Déesse, est à la fois interne et externe. Par le biais de la méditation et des rituels, une femme qui invoque le Dieu crée son image à l’intérieur d’elle-même et peut se connecter à ces qualités qu’elle n’a pas. Quand sa compréhension commencera à dépasser les limites imposées par notre culture, l’image qu’elle a du Dieu changera et s’approfondira. Il est la Création. La Création ne crée pas simplement des répliques d’elle-même, mais elle crée des choses différentes, d’un ordre différent. La vraie création implique une séparation : l’acte même de la
naissance est un abandon, une renonciation. A travers le Dieu, la femme apprends à prendre conscience de ce pouvoir en elle. Son amour et son désir jettent un pont au-dessus des abysses de la séparation, tendu comme une corde de harpe, murmurant une note qui devient le chant unique, l’univers, le tout. Cette vibration est une énergie, la vraie source du pouvoir qui vient de l’intérieur. C’est ainsi que le Dieu, tout comme la Déesse, donne du pouvoir à la femme.

Pour les deux sexes, le Dieu est aussi le Dieu Mourant. En tant que tel, il représente le sacrifice qui permet à la vie de se poursuivre : la Mort est au service de la force de vie. La vie est jalonnée de pertes, et, à moins que la douleur de chacune soit entièrement ressentie et travaillée, elle reste enterrée dans la psyché où, comme une blessure suppurante qui ne
guérit jamais complètement, elle distille du poison émotionnel. Le Dieu Mourant incarne cette idée de perte. Lors des rituels, quand nous ne cessons de rejouer sa mort, nous libérons les émotions qui entourent nos propres pertes, nous incisons les blessures et nous dirigeons vers la guérison promise par sa renaissance. L’exutoire psychologique était l’objectif réel des tragédies dramatiques qui, en Grèce, ont été inspirées par les rituels de la mort du Dieu Dionysos.

Dans la sorcellerie, la renaissance succède toujours à la mort, et la restitution suit la perte. Le croissant de la nouvelle lune apparaît après la lune noire. Le printemps succède à l’hiver, et le jour à la nuit. Les sorcières ne croient pas toutes en la réincarnation au sens littéral ; beaucoup, comme Robin Morgan, considèrent la réincarnation comme une « métaphore pour la transition cellulaire mystique par laquelle l’ADN et l’ARN, tels des danseurs, s’enroulent l’un autour de l’autre jusqu’à la fin des temps ». Mais, dans une façon de considérer le monde où on estime que tout est cyclique, la mort elle-même ne peut être vue comme un point final, mais plutôt comme une sorte de transformation inconnue qui crée une nouvelle forme d’être. En jouant et rejouant la mort du Dieu, nous nous préparons à faire face à cette transformation, à passer par la dernière étape de la vie. Le Dieu devient Celui qui réconforte et console les cœurs, par son exemple il nous enseigne à comprendre la mort. Il incarne la chaleur, la tendresse et la compassion qui complètent en réalité l’agressivité masculine.

Le Dieu Mourant mets des cornes et devient le Chasseur, celui qui dispense la mort mais qui en souffre aussi. De nos jours, très peu d’entre nous participent encore au cycle de la vie, nous n’élevons plus et ne chassons plus notre propre viande, mais l’achetons dans son emballage de plastique au supermarché. Nous avons des difficultés à comprendre le concept du Chasseur Divin. Mais au temps des chasseurs, la chasse était vitale, et le chasseur était celui qui dispensait la vie à la tribu. La tribu s’identifiait aux animaux dont elle se nourrissait ;
la chasse exigeait une grande habilité et une excellente connaissance des habitudes et de la psychologie de la proie. On ne tuait jamais d’animaux quand ce n’était pas nécessaire, et aucune des parties de la proie n’était gaspillée. On n’ôtait jamais la vie à une proie sans rendre hommage à son esprit.

Aujourd’hui, la seule chose que nous chassons régulièrement, c’est les places de parking. Mais le Chasseur a un autre visage ; celui qui nous pousse à chercher. Il incarne toutes les quêtes, qu’elles soient physiques, spirituelles, artistiques, scientifiques ou sociales. Son image symbolise et illumine le processus de création, qui est une Quête en lui-même. Le Dieu cherche la Déesse, tout comme Arthur cherchait le Graal, chacun d’entre nous est à la recherche de ce que nous avons perdu et de tout ce que nous n’avons pas encore découvert.

Comme la Déesse, le Dieu unit tout ce qui est opposé. Comme le décrit l’invocation qui ouvre ce chapitre, Il est à la fois le soleil qui brille, la force qui donne vie et énergie, et l’obscurité de la nuit et de la mort. Comme je l’ai dit plus haut, ces deux aspects ne se contredisent pas, ils sont complémentaires. On ne peut pas les qualifier de « bons » ou « mauvais » car ils font tous deux partie du cycle, ils représentent l’équilibre nécessaire de la vie.

Seigneur des Vents, le Dieu est identifié aux éléments et au monde naturel. Seigneur de la danse, Il symbolise la danse spirale de la vie, les énergies tourbillonnantes qui entraînent l’existence dans un mouvement éternel. Il incarne le mouvement et le changement.

L’Enfant Soleil est né lors du solstice d’hiver, au moment où, après que l’obscurité ait triomphé lors de la nuit la plus longue de l’année, le soleil se lève à nouveau. Dans la sorcellerie, les fêtes qui célèbrent la Déesse sont lunaires tandis que celles qui célèbrent le Dieu suivent le modèle mythologique de la Roue de l’Année.

Au Solstice d’hiver, le Dieu incarne l’innocence et la joie, l’enchantement enfantin envers toute chose. Il est le retour triomphant de la lumière. La fête de Brigid ou Chandeleur (02 février) célèbre sa croissance, car les jours sont visiblement de plus en plus longs. Lors de l’Equinoxe de printemps, le Dieu est le jeune vert, épanoui, qui danse avec la Déesse Vierge. Leur mariage est célébré à Beltane (premier mai), autour des arbres de mai et des feux de joies. Lors du Solstice d’été, leur union est consommée tellement totalement qu’elle devient mortelle. On l’appelle le Roi Couronné de l’Eté au lieu de Né de l’Hiver, et on le couronne de roses : elles représentent l’épanouissement de son apogée en même temps que les piqûres des épines.

On fait le deuil du Dieu à Lughnasad (premier août) et, à l’équinoxe d’automne, Il dort dans la ventre de la Déesse, en naviguant dans la mer sans soleil de son utérus.

Lors de Samhain (Halloween, 31 octobre, Il arrive au Pays de la Jeunesse, le Pays Brillant dans lequel les âmes des défunts rajeunissent en attendant de renaître. Le Dieu ouvre les portes entre les deux mondes afin que les défunts puissent revenir et rendre visite à ceux qu’ils ont aimés. Tout en rajeunissant, le Dieu règne sur le Pays des rêves jusqu’à sa renaissance lors du Solstice d’Hiver.

Voilà pour le mythe : c’est la description poétique d’un processus saisonnier, céleste et psychologique. Quand nous célébrons ce mythe par un rituel, nous célébrons nos propres transformations constantes, la naissance, la croissance, l’apogée et la transmission de nos idées, projets, travaux et relations. Chaque perte, chaque changement, même un changement heureux, bouleverse notre vie. Nous devenons tous le Pendu, l’herbe que l’on suspend pour qu’elle sèche, la carcasse pendue pour soigner , le Pendu du tarot, dont la signification est le sacrifice qui permet de passer à un autre niveau d’existence.

Il existe une forte association entre l’amour et la mort dans la mythologie de nombreuses cultures. La sorcellerie n’associe jamais l’amour à une violence physique, et rien ne pourrait aller plus à l’encontre de l’éthique de la sorcellerie que la vogue actuelle de pornographie violente. Le Dieu ne commet pas d’actes de sadomasochisme envers la Déesse, il ne prêche pas auprès d’Elle le « pouvoir de reddition sexuelle. » C’est lui qui se rend, qui se rend au pouvoir de ses propres sentiments. Il n’y a que dans l’amour que nous vivons si entièrement dans le présent qui consume tout, et ce n’est que quand nous sommes amoureux que nous avons une conscience si fulgurante de notre propre mortalité. Même si l’amour dure – et les chansons populaires comme notre expérience personnelle nous assurent qu’il ne dure pas- ou s’il se métamorphose en un sentiment moins intense mais plus doux et plus profond, tôt ou tard, l’un des amants mourra et l’autre restera seul. La sorcellerie n’essaie pas de résoudre ce dilemme, elle essaie de l’intensifier, car ce n’est qu’en faisant ce constat doux-amer, à travers l’étreinte de Pan dont les cuisses poilues nous écorchent en même temps qu’elles nous amènent à l’extase, que nous pourrons apprendre à vivre pleinement.

Donc, le Dieu est le fier cerf qui hante le cœur de la plus profonde des forêts, celle du Moi. Il est l’étalon rapide dont les sabots en forme decroissants laissent des marques lunaires même lorsqu’ils allument des étincelles de feu solaire. Il est Pan le centaure, le désir et la peur, les émotions animales qui sont également les pouvoirs encourageants de la vie humaine. Il est le puissant taureau lunaire, paré de cornes en forme de croissants, dont les sabots font résonner le tonnerre sur la terre. Ce ne sont que quelques-uns des aspects animaux du Dieu.

Oui, Il est sauvage. Il est tout ce qui en nous ne sera jamais domestiqué, ce qui refuse d’être compromis, dilué, sécurisé, modelé ou tempéré. Il est libre.

Quand il est le Dieu de l’année décroissante, Il navigue sur la Dernière Mer, vers le Pays des rêves, l’autre Monde, l’espace intérieur où naît la créativité. La mythique Ile Brillant est notre propre source interne d’inspiration. Il est le Moi qui voyage dans les eaux sombres de l’inconscient. Les portes qu’Il garde sont le seuil entre le conscient et l’inconscient, les portes du jour et de la nuit au travers desquelles nous devons passer pour dépasser l’illusion de la dualité, les portes de la forme au travers desquelles nous entrons et sortons de la vie.

Si le Dieu est celui qui meurt cycliquement, il est aussi celui qui renaît sans cesse, qui vit éternellement. Lors de sa transformation, Il devient immortel, tout comme l’amour est immortel même si son objet peut disparaître. Le Dieu étincelle du rayonnement de la vie.

Le Dieu, comme la Déesse, a beaucoup de noms. Au fil du temps, Il apparaît à Ses côtés, des cavernes du Paléolithique aux taureaux de la Crète antique, et dans les contes médiévaux de Robin des Bois et ses joyeux compagnons. On peut utiliser chacun de ses noms ou aspects comme sujet de méditation.

Même si la sorcellerie moderne compte beaucoup d’hommes, ils sont généralement moins immédiatement attirés par cette voie que les femmes. Peut importe à quel point la sorcellerie est comprise de façon simplifiée et superstitieuse, elle offre aux femmes un modèle féminin de force et de pouvoir créatif. Il y a remarquablement peu de religions qui entrent en compétition avec elle sur ce point. Mais la sorcellerie exige des hommes un abandon des formes de pouvoir traditionnelles et des concepts de religion usuels. Ce qu’elle offre aux hommes est plus subtil et parfois difficile à saisir.

Les hommes ne sont pas asservis ou relégués à une citoyenneté spirituelle de seconde classe dans la sorcellerie. Mais ils ne sont pas non plus automatiquement élevés à un statut plus élevé que les femmes, comme c’est le cas dans les autres religions. Dans la sorcellerie, les hommes doivent travailler avec des femmes fortes, qui sont consciente de leur pouvoir et qui ne font pas semblant d’être plus faibles qu’elles ne le sont. Beaucoup d’hommes trouvent cette perspective déconcertante.

Notre voie exige aussi un changement de la relation avec le corps féminin. On ne peut plus le considérer comme un objet ou l’avilir en disant qu’il est sale. Le corps de la femme, ses odeurs, ses sécrétions et son sang menstruel sont sacrés et sont dignes d’être respectés et célébrés. Le corps d’une femme n’appartient qu’à elle : aucune autorité spirituelle ne soutiendra les tentatives d’un homme qui essaiera de se l’approprier ou de le contrôler.

Le corps ne doit pas être célébré séparément du reste. Les hommes de l’Art doivent arriver à accepter le pouvoir de la femme : le pouvoir d’une femme dans sa totalité, d’une femme entière dont l’intelligence, l’esprit et les émotions sont complètement éveillés. Un homme doit aussi connaître et accepter le pouvoir de la part féminine qui est en lui. Il doit apprendre à faire jaillir à l’intérieur de lui-même une source de sentiments attentionnés et d’inspiration, plutôt que de les rechercher exclusivement à l’extérieur.

La sorcellerie signifie également la perte de la spiritualité fondée sur le modèle du « Grand Homme ». Jésus, Bouddha, Krishna, Moïse et toute la horde de prédicateurs, de prophètes, de gourous et de chefs de file, tous ceux qui prétendent enseigner en leur nom ou au nom de leurs descendants laïques perdent leur aura. Au sein de la sorcellerie, il n’y a pas de figures paternelles réconfortantes, qui prétendent tout savoir et avoir réponse à tout si on accepte de perdre sa propre autonomie. L’Art nous appelle à être notre propre autorité spirituelle, ce qui peut être une situation inconfortable.

En fait, il n’y a plus de Dieu le Père. Au sein de l’Art, l’image que l’on se fait du cosmos ne tourne plus autour de l’idée d’un contrôle extérieur et masculin. La hiérarchie disparaît, la chaîne divine du commandement est rompue, les textes révélés par voie divine sont considérés comme de la poésie, mais pas comme la vérité. Au lieu de cela, l’homme est encouragé à se connecter avec la Déesse, présente dans le monde, dans la nature, dans la femme, dans ses propres sentiments, dans tout ce que les religions de son enfance lui ont appris à dépasser, à transcender, à conquérir afin d’être aimé de Dieu.

Mais ce qui dans la sorcellerie semble menaçant offre aussi aux hommes une nouvelle et vibrante possibilité spirituelle : celle du sentiment de totalité, de communion et de liberté. Les hommes courageux trouvent exaltantes les relations avec des femmes fortes, puissantes. Ils accueillent avec joie la chance de faire connaissance avec leur part féminine, de grandir au-delà des limites imposées par leur culture et de devenir un être entier.

Les hommes qui tentent de vivre selon le modèle de Dieu le Père sont isolés dans des situations de gel émotionnel. Beaucoup d’hommes sont heureux de trouver une porte de sortie au patriarcat, à cet éternel conflit père-fils. Ils apprécient un modèle de pouvoir masculin libéré de la hiérarchie, où ils ne sont ni maîtres, ni esclaves. Si l’individu ne peut pas toujours échapper à une autorité extérieur dans leur vie, il apprend à la voir pour ce qu’elle est : un ensemble de règles arbitraires dans un jeu compliqué. Il peut décider de jouer le jeu ou de s’en retirer, mais son identité ne dépend plus de sa place dans la pyramide hiérarchique.

L’Art permet de combler le fossé entre l’esprit et le corps, l’âme et la chair. Les hommes peuvent être attachés aux choses spirituelles sans renoncer au sexe, car le Dieu et la Déesse incarnent la sexualité passionnément ressentie. Ils peuvent entrer en contact avec leurs véritables sentiments, leurs besoins, leurs faiblesses et leurs points forts. Les rituels sont actifs, physiques, énergétiques et cathartiques . On donne une valeur spirituelle à l’extase et à l’énergie sauvage et sans tabous, au lieu de les reléguer au terrain de football ou au bar du coin.

Il est certes inconfortable d’être sa propre autorité spirituelle, mais ce n’est qu’à cette condition que le pouvoir personnel pourra se développer. Les hommes et les femmes ne sont plus satisfaits d’être les chiens apprivoisés ou ceux qui les fouettent. Ils n’acceptent plus de placer toutes des décisions de vie ou de mort dans les mains d’un « chef sans peur », un pape ou d’un Jim Jones . Il faut être intègre et responsable pour devenir notre propre autorité spirituelle, mais sans elle, nous ne pouvons pas être libres.

Dans les covens, les hommes font l’expérience du soutien du groupe et de l’affection des autres hommes et femmes. Ils peuvent avoir des contacts humains dans des situations qui ne sont pas celles de la compétition ou de l’antagonisme. Au sein des covens, les hommes peuvent devenir amis avec d’autres hommes.

Pour terminer, la sorcellerie, c’est amusant. Elle offre aux hommes la chance de jouer, de faire les idiots, de laisser s’exprimer leur enfant intérieur. Il ne faut pas garder la face, il n’existe pas de dignité masculine qui doit rester inviolable. C’est du jeu et des bêtises que naît la créativité.

Le Dieu est à l’intérieur et à l’extérieur de nous, comme la Déesse. Il y a beaucoup de façons de l’invoquer : le chant, les incantations, les percussions, la danse, un poème murmuré, un cri sauvage. Quelle que soit la façon dont nous l’appelons, Il se réveille en nous.
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